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  • Fouillant et relisant d'anciens textes (sans projet précis, sauf peut-être poursuivre un commencement ou jeter des choses irrécupérables) je tombe sur une vieille nouvelle "Les bibliophages" aussi risible qu'insipide mais dont le début étrange peut-être... Je résiste à l'envie de le réécrire et le livre tel quel.

    relire les bibliophages

     

                Et c’est exactement ainsi que les choses se passèrent.

    Le choc fut aussi brutal que frontal. La pile de livres se déversa, se mélangea dans un murmure de mots sortis de leurs gonds de papier. A la bibliothèque, ce fut soudain le silence. Un ange, sorti de son sommeil, battit des paupières et fit ce qu’il avait à faire : passer l’espace d’un instant devant le couple accroupi au milieu des livres. Leurs voix résonnèrent en même temps : « Euh, pardon, excusez-moi ». L’ange, enfoui sous la couette, avait repris son rêve. Les mains de l’homme saisirent Michel Quint, Pierre Péju et Jean-Philippe Toussaint, tandis que celles de la femme s’emparaient à la hâte de Laurie Colwin, Perec…





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  • les canards et le mirador Qui se mire dans la mer de Berre ? Qui vive à Miramaris ? Peut-être bien, les trois canards de Miramas, à deux pattes palmées de Miramaris. Point de mer, mais plan d’eau. Point le soleil avant le vent. Plan de classe, plan de cours. Marris, les élèves de Miramaris, marre des cours à deux pas pressés de la mare aux canards !

     À sept heures, d’or liquide semble l’eau qui songe. Songe l’eau qui semble. À cette heure, dorment encore les élèves sur les cahiers. Un participe passé s’approche d’un sujet qui ne lui accorde même pas un regard.  Accords et désaccords, d’or l’eau qui ne dort plus,  do l’enfant d’eau dormira-t-il bientôt ? Mira dort à Miramaris. Prends garde au mirador, le guetteur ne dort pas : il trace des signes avec sa craie, flèche une carte sans trésor. Le trésor est au fond de la mer de Miramaris, disent les canards. Le soleil  dort au fond de la mare. Le vent s’est levé en même temps que ses paupières. Où sont les canards de Miramaris ?




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  • bientôt miramaris

    l'écran bleu a traversé mes nébuleuses - il faudra un jour dire cela que je ne peux pas dire - cela qui tord boyaux de l'âme - dire avant que liquéfiée par l'été y renonce - laisse partir avec mes nébuleuses - ne plus coller les voies ferrées sur des cahiers de nuit - et cependant jouer encore Girl From the North Country dans le sud - à miramaris, bientôt et pas punie - juste travaillée par le travail à venir- un jour écrire cela que je ne peux dire - décoller des collages et des images collées - relire Blaise plutôt: Le train retombe sur ses roues./Le train retombe toujours sur toutes ses roues - ou bien ne pas et prendre un train - après douce vacance quand ce va serait fini- partir peut-être bien translibérée... en prose - demain miramaris à Miramas

     

    bientôt miramaris




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  • Débarrassons-nous du subjectif puisqu’on me l’a demandé. Pourtant, d’emblée, je peux dire que c’est une voix que j’aime. Faux. C’est ce qui est dit que j’aime. Le contenu, l’écrit. Car c’est d’abord un texte écrit. Un texte qui, sans calque, sans casque, claque et reclaque. Et la voix se trouve en l’occurrence appartenir à l’auteur du texte. Je ne sais pas comment les autres ont procédé mais moi, j’ai d’abord lu avec les yeux le texte écrit – parce qu’impossible de trouver ce putain de casque pour m’isoler du bruit ambiant –  l’écoute s’est faite dans un deuxième temps – le protocole normal (lecture du texte tout ouïe tout yeux aurait dû sinon être appliquée  à l’oreille et à l’œil) aurait-il changé quoi que ce soit ? J’en doute concernant mon appréciation. De toute façon, le souci d’objectivité est compromis, dans la mesure où celui qui décrit la voix connaît (littérairement parlant) celui qui écrit. Celui qui décrit la voix n’a jamais vu celui qui écrit mais lui a écrit et l’a lu. Et l’affectionne (sonne drôlement). Ainsi, même s’il avait lu avec une voix de fausset, nasillarde, ou trop haut perchée, genre doublure française de Max-la-Menace (Guy Pierauld), celui qui décrit la voix qui lit ce qu’il a écrit, aurait-il continué à le lire ? La réponse affirme l’affirmative. En l’occurrence, la voix est basse, juste, profonde, claire et parfois légèrement éraillée, avec ce voile de rock ou de fumée qui lui donne encore plus d’épaisseur. Suis-je encore dans le subjectif ?

    Qu’a-t-il fait avant de s’enregistrer ? A-t-il bu un petit verre de blanc pour s’éclaircir la voix ? A-t-il fait un léger hum hum avant d’en faire un plus gras et plus fort, pour racler/râper la gorge ? J’aime à m’imaginer tout cela, tant que j’écris, au moment où j’écoute la voix, je n’écoute que la voix, je ne fais rien d’autre sitôt ce putain de casque retrouvé.

    Peut-on décrire une voix comme on décrit une personne ? Si c’est le cas alors Celui qui décrit dirait que Cette voix masculine qui dit Celui-là qui est moi en italique (la voix d’un autre donc) a une trentaine d’années et les yeux noirs ; que la voix est brune avec déjà quelques cheveux blancs et n’est pas sarkozyste, c’est une voix pleine d’ombre et de lumière, vêtue sans ostentation, élégante cependant ; c’est une voix qui marche vite, à grandes enjambées ; cette voix garde parfois le silence… Celui qui décrit croit n’avoir jamais vu Celui qui lit,(qui a nom Christophe Grossi) ou peut-être une photo par hasard.

    CQFD. On affirme donc qu’on peut décrire une voix comme on décrit une personne.  Aussi vais-je en décrire une autre et cette fois-ci objectivement car je ne connais ni son propriétaire, ni ses écrits. C’est une voix qui écrit aussi. Ayant retrouvé ce putain de casque, j’écoute et lis le texte en même temps.

    C’est une voix légèrement fêlée par endroits, au timbre agréable, avec un très léger chuintement parfois. Voix d’homme, couleur plus claire que la première, peut-être châtain clair, une voix aux yeux verts. Elle a choisi en contrepoint une voix féminine (une voix qui a nom Cécile Charpentier), au débit plus rapide, voix qui claque, qui bute entre 4000 et clics mais ne trébuche pas, voix plus neutre et plus technique que la voix masculine, qui en souligne par contraste sa douceur. Voix  de l’homme malicieuse, qui se veut pourtant neutre dans le phrasé du texte, mais ne peut s’empêcher de faire entendre le point d’interrogation (qui n’est pas écrit) Je me suis bien fait comprendre ( ?) , marque un silence avant d’entonner la réponse ironique Oui c’est comme ça monsieur quand on n’a pas les moyens on ne s’engage pas (on entend la voix avaler salive, et sans vouloir être subjective ça m’émeut, cette salive avalée, là, à ce moment-là). Voilà tout ce que je peux dire de la voix de François Bonneau.

    Peut-on décrire une voix comme un paysage ? Avant d’aller plus loin, je dis oui très subjectivement. Et je n’irai pas plus loin aujourd’hui.




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    La photo représente la vue frontale de deux gros livres dont on ne voit que la tranche et ouverts, l’un sur l’autre, pages intérieures contre pages intérieures, en train de copuler, sur une surface en bois veiné. Le livre du dessous repose sur une reliure rouge et celui du dessus a une reliure noire ou bleu marine. Les pages centrales du livre au-dessus ont pris une courbure assez importante. Celles du bas sont bien aplaties.

    Il s’arrêta de taper. Trois minutes, dix-sept secondes : ça allait, il était dans les temps. Il ne prit pas même le temps de se relire, enregistra le document, l’expédia directement au client et passa à la tache suivante.

    Il s’agissait d’une photo prise à l’extérieur d’une fête foraine sur fond d’un ciel bleu dur azur. Au premier plan, deux mains aux pouces et index écartés (les trois autres doigts repliés) placés perpendiculairement de manière à former un rectangle pour cadrer un homme d’une trentaine d’années, pantalon rouge et marinière, s’accrochant aux chaînes métalliques d’un siège de manège très incliné et en mouvement. Les cheveux blonds et mi-longs du jeune homme sont tirés en arrière, sa bouche grande ouverte sur un cri hilare et les yeux étrécis par la peur et le plaisir. On aperçoit d’autres chaînes à l’oblique accrochées  à l’auvent du manège, au tissu vert imprimé de motifs rouges et ocres, et ourlé d’une guirlande d’ampoules rouges et blanches. On distingue à l’arrière-plan deux autres jeunes hommes assis sur des sièges, l’un écartant les bras pour faire le kakou…

    J’efface les derniers mots. Mon surmoi fronce les sourcils. Un coup d’œil à l’horloge de l’écran, me montre que j’ai largement dépassé le temps imparti. 4’37. Tant pis. J’enregistre, j’envoie.

    Putain de manège ! Putain de boulot ! Je me suis déjà fait remonter les bretelles parce que j’étais trop, comment ils ont dit déjà, ah oui, lyrico-subjectif, il faut juste me contenter de décrire objectivement ce que je vois. Le client n’est pas un artiste, il a juste besoin de données précises et objectives, et ce en moins de quatre minutes si possible. Je me disais que c’était un boulot dans mes cordes, que ça me permettrait de tenir en attendant, mais je ne sais pas si je vais tenir. Bon, allez, je fais encore celle-là et puis je me tire.

    C’est un objet rectangulaire métallique et électrique relié à une prise murale, une sorte de boîte avec un pan transparent –ce qui permet de voir le dispositif électrique intérieur ; le sommet est muni d’un interrupteur vert et de trois voyants lumineux, à côté desquels trois inscriptions indiquent « prêt », « développement », « erreur » ; celui qui indique « prêt » émet une lumière verte. À l’intérieur de ce coffret, on remarque une sorte de mini-imprimante reliée à des fils, déroulant un papier sur lequel est inscrit « La photo représente la vue frontale de deux gros livres dont on ne voit que la tranche et ouverts, l’un sur l’autre, pages intérieures contre pages intérieures, en train de copuler sur une surface en bois veiné. »

    putain de manège

     

    Je conseille vivement d'aller jeter un oeil sur le site du lien, pour comprendre comment fonctionne cette caméra descriptive créée par Matt Richardson et qui m'a inspiré cette nouvelle. 


     

     


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