• vases communicants (10)

    Dans la chambre d'Estelle...

     

    vases communicants (10)


    Soudain elle comprenait pourquoi on devient méchant. Elle avait attendu. Patiente. Elle l’avait attendu en vain. Compréhensive. Pour rien. Elle se disait que l’on ne connaissait pas les personnes avec qui on vivait. Ou si peu. Des tranches de vie découpées… et la peau, dure qui résistait. Ne distinguait que la face émergente de l’iceberg. Des sentiments, elle avait cru à leurs constantes présences. Se rendait compte aujourd’hui de l’étendue de son imaginaire. Souriait. Voulait désormais du réel, du vrai, du concret. Une peau, une bouche, un corps… la peau, douce. Elle avait été dans une bulle, une cage, une serre, c’était sa vie, même pas rêvée. Et elle s’y sentait bien. Ne voulait pas finir Titanic. Et ce mal de ventre horrible qui ne la quittait plus. Comme si on lui arrachait viscères. Comme quand elle avait seize ans. Qui était-elle ? Elle devenait méchante ? Et fuir pour se préserver. Ne pas affronter la réalité. Sa trop grande douceur était un handicap. Elle ne pensait qu’éducation et culture. Et pensait, parfois, être la seule à croire encore un peu à ces vieilles antiennes. Elle l’avait vraiment attendu. Elle était exempte de foi. Enfin, c’est ce qu’elle croyait mais elle n’en était pas vraiment sûre. Que connaissait-elle de la foi ? Dans sa nuit blanche, était-elle, elle, Estelle, pour la première fois ? Elle avait son destin en main. N’était plus dans l’attente. Elle regardait tout d’un œil nouveau. Ses tripes lui faisaient encore mal. Elle détestait la cause de ce mal. Mais il fallait bien l’extirper de son ancien corps avec toutes les scories qui pouvaient lui rappeler, avant… ce mirage. Elle muait intérieurement. Avant que le soleil ne se pose sur les vitres de sa serre, pénétrées soudain par les rayons. Elle s’ouvrirait telle une chrysalide. Devenait, au sortir de sa nuit blanche, jeune et frêle papillon, certes, mais, rayonnante, vivante… la peau, de nouveau douce.

     

    Franck Queyraud


    Pour ces dixièmes vases communicants, je reçois celui qui se fait parfois appeler Silence ou Le flâneur et que je lis régulièrement sur Flânerie quotidienne: Franck Queyraud. Franck, bibliothécaire dans une ville du Sud de la France, aime les nuages (ceci n'expliquant pas cela) et les points de suspension... J'aime bien son avatar sur Twitter: un pingouin malicieux s'apprêtant à frapper l'une contre l'autre des cymbales dans les oreilles d'un ours polaire qui dort du sommeil du juste. Franck n'est ni ours ni pingouin mais ce flâneur qui saisit le moment juste avant que le silence ne se brise et en conserve la mémoire. Nous avons convenu d'écrire sur les thèmes de cloisonnement, de passage, d'ouverture et d'offrir des images à l'autre. Vous venez de lire son texte sur mon image (plus gourmande, j'ai choisi deux de ses photos que vous pourrez voir chez lui, avec mon texte).

    Comme de coutume, Brigitte Célérier l'inégalable a établi la liste de tous les rendez-vous des Vases communicants d'octobre. Qu'elle en soit remerciée encore une fois.



  • Commentaires

    1
    Vendredi 5 Octobre 2012 à 17:25

    Au travers de la cage et de ses barreaux, un rai de lumière intérieure, l'envol vers le ciel ou soi, seuls des nuages pourraient s'y dresser comme barrière : les mots transportent.

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