Livres, écriture, théâtre, choses vues, lues, entendues
Ce pourrait être cela, oui, ce pourrait être ça, seulement le silence et des yeux curieux, mais surtout le silence, pas ces cris d’animaux, qui d’emblée disent, on ne veut pas de toi ici, casse-toi, tu n’es pas des nôtres, nous ne voulons pas entendre parler de Ronsard ni de Louise Labé, c’est quoi ces noms ?on veut juste que tu nous foutes la pais, et on s’en fout de savoir que ça s’écrit avec un –x- nous on a déjà fait démissionner celui qui était là avant toi, on pensait que vous aviez compris, que vous alliez nous laisser tranquilles… On veut juste tchatcher entre nous, tchatcher ou couiner, jacasser, pousser des cris d’animaux pour voir aussi toi comment tu couines, comment tu hurles, comment tu deviens folle, comment tu démissionnes aussi toi…
Mais ils ne disent même pas cela, ils font du bruit, poussent des cris d'animaux, ils ont décidé d’emblée de ne pas m’écouter, moi, placée ici à deux semaines des conseils de classe, un mois des vacances qui remplace ce jeune stagiaire plus coriace qu’il n’y paraît – au téléphone, médicamenté, ne m’entendait pas non plus, ne cessait de répéter Sais pas comment j’ai tenu jusque là, sais pas, si longtemps…vous avez déjà enseigné ? - mais il n’entendait pas ma réponse, ressassait, mal, voulant en finir avec tout ça, cette quatrième en particulier- et donc pas le temps de les apprivoiser, pas le temps de prendre le temps, juste jeter les quartiers de viande, faisant claquer le fouet quand l’un s’approche trop près…