• «(...) pourquoi ne pas imaginer, le 1er vendredi de chaque mois, une sorte d’échange généralisé, chacun écrivant chez un autre-? Suis sûr qu’on y découvrirait des nouveaux sites (...)». François Bon et Scriptopolis ont lancé l’idée des Vases Communicants.


    Pour la septième fois, j'accueille ici dans le cadre des Vases communicants quelqu'un que j'admire. L'écriture de Louise Imagine, je l'ai découverte sur le blog de Xavier Fisselier pour un partage de textes dans le même cadre. Je regrette qu'elle n'écrive pas davantage même si j'apprécie aussi énormément son travail de photographe. J'aime suivre (sur un certain réseau social cuicuiteur) le ballon bleu tenu à bout de bras par une petite fille qui pourrait bien être le petit bout de Louise Imagine. Nous avons fait un carnet de voyage imaginaire en nous mettant à la place de l'autre qui a réellement fait une fois dans sa vie le voyage. Vous pourrez lire mon texte sur son blog Louiseimagine.me.


    Voyage (imaginaire) à Rome

     

    Vases communicants (7)

     

     

    Et par où débuter ? Puisqu’il faut bien choisir un lieu, une rue, un croisement, quelque part dans cette immense cité.

    Ici.

    Vous êtes ici.

    Point A.

    Trinità dei Monti.

    En bas de l’escalier. Tout en bas.

    Minuscules, perdus dans la foule mouvante, la houle humaine en short et lunettes noires. Solitude intense mais passagère, devant ces gens animés et heureux. Une musique rythmée s’élève en fond sonore, provenant de la terrasse d’un café ou d’une fenêtre ouverte quelque part plus loin sur la place. Un couple de jeunes dessine dans un coin, assis à même le sol, bouteille d’eau à portée de main. Rires tournoyant venant d’un peu partout, accent chantant, peaux bronzées ou bronzant avec application, air léger, là, l’insouciance se respire à plein nez, aucune raison de se presser, s’asseoir sur les marches, la main de l’autre tendrement serrée. Se dire que l’on aurait du, bien sûr on le savait, ne pas suivre les circuits touristiques, et peu importe si l’on rate un des somptueux monuments de la ville, peu importe si l’on passe à côté…

     

    Vases communicants (7)

     

     

    Penser que, peut-être, l’on pourrait se balader jusqu’à l’arrêt de métro Spagna et décider d’emprunter la ligne A, direction Anagnina. Remonter à la surface à chaque nom de station qui nous inspirerait, Fontana Trevi, S. Giovanni, ou encore bifurquer sur la ligne B, direction Laurentina et s’arrêter au Colisée. Chercher dans chaque détail de ces sous-sols ce qui les différencieraient de nos propres transports en communs, longs couloirs clairs et carrelés, virages et escaliers… Escalators, voire ascenseurs parfois. Comparer pour mieux se situer. Pour mieux s’approprier.

     

    Vases communicants (7)

    Mais revenir bien vite en surface explorer la ville, car chaque ruelle, chaque pavé, nous mène où l’on n’imaginait pas aller.

     

    Ici.

    Vous êtes ici.

    Point B.

    Santa Maria in Aracoeli, Piazza Campidoglio.

     

    Vases communicants (7)

    dessin et texte de Louise Imagine, mars 2012


    Retrouvez ICI la liste de tous les rendez-vous compilés par Brigitte Célérier qu'on ne remercie jamais assez même si on ne la présente plus. 



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  • Chaque premier vendredi du mois, c'est Vases communicants. C'est avec un grand plaisir que j'accueille Christophe Sanchez du blog Fut-il  (qui, pour une grande part, inspira l'intitulé du mien) pour mes sixièmes Vases communicants. Nous avons pris une photo, chacun de notre côté, le 16/01 à 16h01 et nous sommes lancés le défi d'écrire un texte en 1601 signes sur la photo de l'autre. Ce jour-là, je pris la photo d'une affiche pour une exposition "Corpuscules" de Philippe Favier au musée Granet, à Aix-en-Provence (Christophe n'a pas eu connaissance de ces infos, il a juste écrit sur cette photo!)

     

    Vases communicants (6)

     

    1601 jours quils sont partis. 1601. Jai compté chacun de ces jours, chacune de ces minutes, chacune de ces secondes pour en arriver à ce décompte imparfait. Et le 16/01 à 16h01, je me surpris à trouver juste cette numération : 1601. Ce chiffre si mal mené, si mal rond, si grand et si vide de sens se justifie par la coïncidence du temps. La date et lheure comme un témoin de plus à limpensable, limpossible, lirréelle réalité. 1601. Lincongruité du mal. Parce que cest bien de cela dont il sagit, quand je repense à cette suite humaine mise à plat sans aucune dimension, lorsque je me retrouve démuni et lâche pour mes aïeux devant cette fresque immortelle peuplée de vies éteintes. 

    Un passage dhistoire et des voix étouffées, un train - le 1601 Drancy-Buchenwald  - et de la fumée qui pique les yeux, qui perfore la vue et lentendement comme les œillets qui crèvent leurs visages ignorants. Voilà en corps oubliés ce quil reste de Chamira à la longue popeline de velours, de Gad au costume clair seyant et à la moustache impeccable, de la vieille Emouna leur mère et belle mère bâtisseuse despoir. Suit leur descendance détourée de blanc, flanquée sur un mur comme une estafilade sur nos cœurs : Adam, Simon, fils de Chamira et Gad, et leurs épouses Gayil et Tsipia puis leurs enfants, petits-enfants aux prénoms oubliés parce que trop peu usités, trop neufs, trop peu ancrés dans la vie pour être mémorisés, trop vite partis. Une litanie de prénoms sans nom, car la famille nexiste plus depuis 1601 jours, depuis que le train de la mort a craché un épais voile de vapeur sur la vérité.

                                                                                         Christophe Sanchez, janvier 2012.


    Pour retrouver la liste (concoctée avec patience par la généreuse Brigetoun) des autres rendez-vous des Vases communicants, cliquez ici.


     


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  • Cette fois-ci, les Vases Communicants avec Christine Jeanney du blog Tentatives sont doubles à plus d'un titre: double Christine, double déclencheur, double jeu ( dans le sens où nos premiers échanges furent des jeux et l'euphorie à nous lire/écrire jusqu'au bout de cette aventure). En outre, les textes de chacune sont tissés des mots de l'autre: à partir de 10 textes du blog de Christine, j'ai fait 10 cut up de 5 "vers", puis j'ai prolongé (Christine parle de rebond) le premier cut up que Christine a fait de l'un de mes textes et c'est devenu encore un autre texte pendant que Christine a fait de même de son côté. Compliqué? Non, pas du tout, le mieux étant de lire le résultat. Voici donc les textes que Chritine Jeanney a écrits:


    À la suite du premier cut-up que Christine Zottele m’a envoyé 

     

    Faite d’écailles, Collée au fond du magma

    Une forme étrangère Lâche sa barricade

    Par la tête, on me disait

    Par la tête

    Un peu plus ressemblante

     

    un rebond :

     

    Faite d’écailles, une forme faite d’écailles en perpétuel mouvement, une forme qui ne se donne pas, ne se prend pas en main, écailles riches, irisées, couvertes d’un glacis qui brille, découpées et uniques, chacune chancelante, Collée au fond du magma, forme de rêve, la forme que l’on reçoit en rêve, un moment de bravade sans défense, sans place ni temps, la conscience fuyante, un pays où les images sont grosses se tordent et on ne sait pas les raconter car c’est le rêve, Une forme étrangère Lâche sa barricade et c’est nous qui lâchons, acceptons, Par la tête, on me disait, mais la tête n’a plus son mot à dire, ce rêve d’inconfort, on suppose que l’on bouge, on le voudrait, mais notre corps est loin, loin sous les draps et dans le monde réel, on ne se débat pas, la forme englobe, veut charrier des éclairs, forme d’écailles qui roule Par la tête, si l’on accepte d’y couler, de s’y couler et fondre, on se trouve au réveil Un peu plus ressemblante

     

    Puis 10 cut-ups en 5 « vers » sur ses textes :

     

    la ville parle

    Vases communicants (5)

    Parfois, En attendant, barrières. Barrer le passage pour mieux relier, dit-elle.

    En attendant,  Patientez, patientez, pour la musique du générique

    La vérité d'un pont. code couleur: bleu Et dans les têtes.

    Quant à ceux qui ne savent pas lire, il fait jour

    Bienvenue tous les visages hagards, dit-elle.

     

    vitrines avec accents circonflexes

    Vases communicants (5)

    vrai froid: réjouie. avant-goût d'atmosphère, quatre têtes devant le rideau de fer

    petit soldat mannequins, rue galante, hommes, ériger sans racine très sensé au contraire.

    Le blanc fait tache, me suis-je dit

    blancheur au pays des ocres. neige factice sur fausses branches, feuille de papier

    revenue vers le centre, déçue, fils croisés, œil bienveillant, déesse Mais à part moi, personne. 

     

     

    de l'écriture ou de l'aquabike

    Vases communicants (5)

    palette de liquide petite marge de sécurité

    inconvénient Je le fusille

    rituels souffle. petites choses grandes aussi, choses faciles et choses exigeantes. Là est le danger

    oublier écraser tomber me submerge si souvent

    ce matin justement, besoin de lire tout de suite ce poète  tant de demandes plus que l'écriture

     

     

    faire des ronds dans l'eau

    Vases communicants (5)

    Sûrement le contraire de beaucoup

    Au cœur

    De l’eau d’or.

    cercles qui, danser, des sirènes ou des anges, plongés dans deux anneaux

    tourbillon happe monstre ou désir voyage ou fuite. Quitter Le photographe pétrifié, une illusion. A l’intérieur,

     

    la java du dahlia

    Vases communicants (5)

    en fin de saison: sans couleur, sans odeur,

     phrases lues Dans un vase des fleurs, peut-être des dahlias.

    dahlia plus rouge. Sur la lancée, pétales colères devant ciel rose.

    cuves rouillées que je projette, dahlia. Pas trop coutumière on my mind

    Panic dahlia dansé java, plus tout moi-même.

     

    On cherche un nom

    Vases communicants (5)

    On se cherchait un nom. pronom oxymore indéterminé un peu pédant,

    Quand la chute des feuilles est tardive, froidure, quête, propositions

    particule panache. Mais les verbes avaient leur mot à dire

    la compagnie de deux adverbes.

    pas de répartie ni de chute. Alors

     

    les enfants de novembre

    Vases communicants (5)

    sur les ondes, l'anarchie, quelque chose de léger

    Un soir de demi-brume sur les fils électriques

    quelque grain pour subsister...

    performance Et le geste

    Bien peu, rien, ou quasi.

     

     

    à nu

    Vases communicants (5)

    Immobiles, déplumés, squelettiques,

    ont endossé leurs vêtements, les essayant au bleu du ciel.

    tous les verts, tous les jaunes, ocres, rouges, bruns et puis leur dernière danse.

    tous leurs secrets

    mais, n'irai pas plus loin.

     

    un non-événement

    Vases communicants (5)

    sur le parking, cadrage, réglages,

    mouvement anormal sur sa gauche.

    l'espace de quelques secondes

    pouvoir éviter la chute, un ralenti de cinéma,

    mourir comme ça, bêtement, dilatation du temps, Après, je veux dire.

     

    de l'eau aura coulé...

    Vases communicants (5)

    ...sous le pont de la Durance.

    De l'eau mêlée à l'eau de pluie, l'eau de là-haut dans l'eau de la Durance.

    De la durée, aussi,

    qu'il m'en souvienne,

    pas Ophélie, pas Virginia, Elle bouillonne, en vie.

     

                                                                Textes et photos de Christine Jeanney

     

    Pour retrouver les autres rendez-vous des Vases Communicants de janvier 2012, cliquer ici pour lire la liste établie par l'irremplaçable Brigetoun et que nous remercions encore.

     

     

     


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  • Chaque premier vendredi du mois, dans le cadre des Vases Communicants, des couples éphémères se constituent pour échanger un texte sur le blog de l'autre. Comme il s'agit du dernier échange de l'année 2011, Xavier Fisselier a proposé qu'on écrive sur la thématique de la fin ou de la fin d'année. C'est donc son très beau texte que j'accueille ici. La photo est de Xavier aussi.

    Vases communicants (4) décembre


     



    Fin d'année



    La nuit ne tombe pas encore assez tôt pour que l'on se comprenne. Les repères aspirent à s’éliminer, insensiblement, les uns à la suite des autres. Et tu t’interroges sur ce que deviennent ces repères, ces pistes qui apparaissaient comme tracées à l’infini, à perte de vue? Leur lecture est hasardeuse, ton imagination essaie de prendre le dessus. Les marques laissées de part et d’autre dorénavant sont muettes et se hasardent à jouer cette mélodie entêtante et silencieuse, celle qui capitonne l’agora où se déposent les reliquats de nos souvenirs. Pas les désirés mais ceux que l’on a vécus. Vous, toi, moi. Les autres s’estompent, ils se sont effacés à force de les craindre et de les refouler. Le moment n’est plus au “j’aurais voulu, j’aurais aimé...”. Le temps n’est plus là où il s’était étendu, et toi avec lui. Il n’est pas là où tu l’as laissé, ni là où tu désirerais qu’il soit. Il s’est dévidé de manière invisible, au même rythme qu’il l’a toujours fait. De manière imperceptible et pourtant si présente, il s’est installé là au-dessus de toi, en toi, sans que tu ne le perçoives il était déjà là, et tu ne le savais pas ou faisais mine de ne pas le saisir du regard, car, à ta décharge, tu sais qu’il te survivra, immanquablement, irrésistiblement, comme il l’a fait depuis le premier jour, ce premier jour que nous n’avons connu mais que l‘on sent, si oppressant parfois, courir à flot entre nos veines. Il te nargue et tu te révoltes. Ta main ne peut l’accrocher. Oui, nous le portons en nous, quelque part et partout à la fois. Il nous traverse et nous foudroie, ses traces sont minutieusement réparties pour que tu ne puisses les voir lorsque tu t’éloignes de toi parce que l’on ne s’éloigne jamais de lui. Il passe si vite, et le bruit reprend, à son aise, il ne peut se résoudre à suivre une autre voie, une autre voix. La fenêtre est ouverte depuis toujours, depuis le premier le premier jour, et il s’engouffre dedans, rien ne l’arrêtera. Alors tu avances et tu comprends tes souffrances, une à une, elles sont tiennes, uniques, indivisibles et non partageables. Tu l’as deviné quand tu as approché cet espace si proche de toi. À cet instant là, s’est abattu cette conscience de ne l’avoir vécu. Seules les douleurs savent revenir avec intensité, les bonheurs eux se jouent de nous à l’unité, au “coup par coup” mais pas la souffrance, pas la douleur. Tu t’obstines à les oublier, à les dissimuler.  

    Tu dois le faire, tu le sais et tu trépignes d’impuissance et d’inquiétude. 

    La nuit s’avance, le jour d’après est peut-être déjà là mais tu ne sais comment distinguer la fin d'année. 


     Tiers Livre et Scriptopolis sont à l'initiative d'un projet de vases communicants : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d'un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… "Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre."

    Pour accéder à la liste des Vases communicants de décembre, cliquer sur un des liens. On pourra lire mon texte sur le site de Xavier Fisselier.




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  • J'accueille aujourd'hui Christophe Grossi, du blog Déboîtements et l'auteur de Va-t'en, va-t'en c'est mieux pour tout le monde, dans le cadre des Vases communicants de novembre. Nous sommes partis d'une phrase de Virginia Woolf, dans Les Vagues: Une dame est assise à sa table à écrire.

     

    Vases communicants (3) novembre

     

    De la perte

     

    À la fin du texte de Virginia Woolf, Les Vagues, une dame est assise à sa table à écrire pendant que des jardiniers balaient la pelouse. Mais devant moi, alors que celui qui joue Bernard est en train de se rapprocher d'une femme qui pourrait être la dame du livre, je réalise qu'il n'y a pas de table à écrire ni de jardiniers et encore moins de feuilles au sol. Il n'y a pas non plus ce triple mouvement que j'aime tant dans le texte, l'immobilité de celle, inatteignable, qui écrit, le rythme de ceux qui balaient les feuilles et le corps arrêté net dans sa course de celui qui décrit la scène. Non. Et quand bien même il y aurait tout ça je ne le verrais plus. Car à cet instant précis, ce n'est pas l'un des doubles de Virginia Woolf ni la comédienne que je regarde mais cette femme qui tient dans sa main droite un paquet de feuilles que vient soutenir sa main gauche. Ce que je ressens alors est une immense douleur. Et comme Bernard je comprends que moi non plus je ne peux rien contre la fragilité de cette femme qui se raccroche à ces feuilles sur lesquelles on a imprimé son texte.

     

    Tandis que les autres continuent de jouer et de donner la réplique sans filet, la comédienne, elle, ne parvient pas à se séparer du texte écrit par Virginia Woolf, ce texte imprimé sur des feuilles qu'elle tient dans sa main droite. Si la dame du livre est assise, immobile, et tient le monde à distance (ce même monde qu'elle met en mouvement dans son carnet), la comédienne, elle, arrive à peine à tenir debout. Pâle, fragile, tremblante, elle avance péniblement. Ce n'est pas du trac. Cette femme est à bout de forces.

     

    En sortant de la salle je ne pense qu'à elle. Je me demande dans quel état elle est à présent, si quelqu'un a pris soin d'elle et l'a ramenée chez elle ou si elle n'a pas plutôt terminé sa soirée à l'hôpital. Elle n'ira pas se laisser glisser dans la rivière, je suis certain de ça. C'est une douleur autre que son corps est en train de lui infliger. Et cette douleur-là vient résonner longtemps en moi. Elle porte un nom, celui que j'ai eu sur le bout de la langue pendant près de trois heures.

     

    C'est de la perte dont il est question ici. De la perte et de l'oubli, mémoire et corps ensemble. De l'être qui perd son innocence (les jeux puérils, les flirts, les heures pleines de l'enfance), son maître à penser qu'on aime autant qu'on déteste. De l'être qui perd ses facultés quand le dedans se fait de plus en plus lourd à mesure que les années passent. De l'être qui perd ses amis d'enfance, ses amours, ses parents, ses forces, sa mémoire. De l'être qui sait qu'il n'y a plus de retour possible. De l'être qui perd ses repères, de l'être qui tient dans son poing ses aspirations, ses échecs, ses frustrations, sa dépression. De l'être dont les gestes sont des phrases en suspension. De l'être habité par la maladie, par l'écriture qui s'arrache, par toutes ces phrases qu'on aligne sans jamais parvenir à trouver l'histoire à raconter. De l'être dont la vie sans histoire possible à raconter tiendrait dans son propre souffle et trouverait l'ultime énergie dans le dire malgré la descente, malgré sa faiblesse de faire partie du monde qu'il pénètre mal, malgré son attachement viscéral à la nature, cette nature qui est souvent salvatrice, malgré la brutalité du réel qu'on peine à tenir à distance, malgré sa lucidité face à la vanité. Et dans cette perte, cette douleur, cette beauté sombre, profonde, sensible, l'image de cette femme qui tanguait tout à l'heure ne me quitte plus.

     

    Christophe Grossi, novembre 2011.

    Tiers Livre et Scriptopolis sont à l'initiative d'un projet de vases communicants : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d'un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… "Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre."

    Pour accéder à la liste des Vases communicants de novembre, cliquer sur un des liens. On pourra lire mon texte sur le site Déboîtements de Christophe Grossi.

     


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