• cuisineIl y a  des jours comme celui-ci. Où l’esprit d’escalier prend la mauvaise pente. Où chaque degré gravi vous fait redescendre à votre première idée. Où le mot même d’idée reste de l’ordre de l’illusion. Alors, on sort la boite. On remue les mots, les plumes, les éléphants – on pense plume d’éléphant - la pince à linge, la colle, les feuilles d’eucalyptus – qui ne sentent plus rien ou c’est nous qui ne savons plus sentir-,  les ciseaux -on pense au jeu pierre, feuille, ciseaux. On  vide la boite comme on viderait un sac trop lourd. Non, ce n’est même pas ça. On cherche des combinaisons de mots qui pourraient faire un texte. On sort Il y a des milliers de façons de raconter une histoire. Il n’y a qu’une seule façon de la vivre. On se dit qu’on va mettre un autre groupe nominal qu’une histoire. La nuit ? On essaie de commencer par Des proches semblaient me dire : mais on n’a pas envie de faire un texte à la première personne, ni à la deuxième, ni en on, ni à l’infinitif. On se dit qu’on ferait mieux de tout ranger dans la boite et de se remettre  au projet qui porte le titre provisoire de Mytho. On double-clique dessus. On relit. On quitte. On va dans la cuisine et on se dit qu’on va commencer à préparer les merlans. On se dit qu’on aimerait bien essayer autre chose que du merlan frit (quoi ma gueule ?) on retourne sur l’ordi, on googueulise « merlan recettes », on obtient de nombreux résultats. On commence à les lire. On se dit qu’on tenterait bien la recette exotique avec le lait de coco (on a) le curry (on a), le gingembre (on a), l’échalote (on a), les courgettes (merde !… on va vérifier). On renonce. On  retourne à l’ordi. On se dit qu’on va retranscrire une lettre pour A. On a déjà saisi sur le clavier dix ans de correspondance assidue. On en est à l’année 92 peu fournie, cinq lettres de A. retranscrites cet été. On attrape le paquet de lettres : on constate que ce sont des lettres de 95. Où sont passées les années manquantes ?  Il va falloir chercher dans le fouillis du bureau. On va dans la cuisine. On se dit qu’on va improviser une recette pour les merlans. On fait la cuisine peut-être mieux qu’on écrit.

    cuisine

    cuisine










    votre commentaire
  • quelque chose passe

    Photo de Philippe Marc (avec sa gracieuse autorisation)


    Il se passe quelque chose. Quelque chose passe avec le ciel au-dessus de nos têtes. Quelque chose qui affole les bêtes. Les mouches tombent sur le sol pour agoniser mollement. Les guêpes volent lourdement puis tombent comme les mouches. Un jeune chien couine et lève des yeux inquiets vers le ciel. Que se passe-t-il ? Que passe au-dessus de nos têtes ? Serait-ce l’été qui s’enfuit déjà ? L’été qu’on ne devrait nommer ainsi qu’une fois passé, mission accomplie. On devrait l’appeler l’étant ou l’est quand il est présent. De toute façon, ce n’est pas l’été qui passe. Ni un ange. Maintenant la pluie crépite, les gouttes tombent comme des mouches. Cela dure le temps de rentrer le linge, les housses des chaises longues, fermer les volets.

    L’orage est passé.



    1 commentaire
  • «(...) pourquoi ne pas imaginer, le 1er vendredi de chaque mois, une sorte d’échange généralisé, chacun écrivant chez un autre-? Suis sûr qu’on y découvrirait des nouveaux sites (...)». François Bon et Scriptopolis ont lancé l’idée des Vases Communicants.


    Pour ma neuvième participation aux Vases Communicants, je suis heureuse et très honorée d'accueillir Danielle Carlès, traductrice d'Horace et qui se définit elle-même comme artisan des Lettres dans son échoppe, Fonsbandusiae... Elle écrit aussi en son propre nom et a accepté mon invitation à rebondir sur des phrases de mes textes. J'en ai fait autant et vous trouverez ici mes essais.

     

    #1 Ils allaient mourir et pour gagner du temps on avait creusé les trous, préparé les tombes au cimetière, invité les proches et les amis

    Ils allaient lourdement lourdement l’idée de 

    mourir pesait derrière les yeux marche plomb 

    et pierre marche à l’horizon du pas pour une 

    pour un pour rien pour ça allaient de ce pas 

    gagner on ne sait quoi l’idée de rêver venue 

    du passé pesait derrière les yeux c’était le 

    temps sur eux lourdement lourdement ailleurs 

    on avait dit ils allaient de l’avant mais on 

    avait perdu tout ailleurs tout ici gratté et 

    creusé la trace des ornières soulevé emporté 

    les amas de poussière buté trébuché dans les 

    trous ils allaient où ils allaient qui était 

    préparé à arriver pèsent pèsent sur les yeux 

    les vieux enfermements du cœur et pierres et 

    tombes ils allaient sans avancer se savaient 

    au moment de rien portant avec eux un intime 

    cimetière de rêves défunts le bonheur jamais 

    invité ni goûté le regard jamais tourné vers 

    les proches dans l’attrait commun de la peur 

    et de l’amertume ils allaient ils comptaient 

    les amis enterrés et ils restaient entre eux 

     

     #2 Il parade sous un grand parasol décoloré par le soleil un perroquet sur l'épaule

     Il n’y a pas un jour rue de l’Opéra où tête haute à la 

    parade sourire aux lèvres fierté palpable et serviette 

    sous le bras il ne se dirige vers la plage droit comme 

    un i comme il se dit l’œil intérieur toujours vers lui 

    grand ouvert visage à peau plissée il n’a jamais vu le 

    parasol et celui qui reste cloué sur un point un point 

    décoloré sur l’horizon plat mer aiguë comme un couteau 

    par delà la plage grise mais lui nage buvant le sel et 

    le cœur presque arrêté nage aveugle brave l’absence de 

    soleil exulte corps glacé feu dans la moelle des os et 

    un jour de plus un jour de plus ne voit pas n’a pas vu 

    perroquet sur l’épaule celui qui s’est tourné ailleurs 

    sur la plage avec son parasol inutile et serviette sur 

    l’épaule il remonte seul à la parade la rue de l’Opéra 

     

     #3 Je voudrais que le temps passe par la porte de derrière

    Je voudrais dans mon silence 

    que s’entende ce que j’ai tu  

    le poids du vide l’âpreté du 

    temps de la nuit du cœur que 

    passe le bruit arrêté le cri 

    par espérance rompue c’était 

    la violente vie qui ferme la 

    porte goutte sous la brûlure 

    de cette eau je sais le goût 

    derrière le feu l’eau de vie 

     

     #4 ballon rouge lancé par un enfant apprenant à jouer

    ballon vers le soleil retombé 

    rouge là-bas 

    lancé bulle de lait aux lèvres 

    par un joyeux matin de printemps 

    un beau matin de gloire par un 

    enfant juste né à parler juste 

    apprenant juste venu à ma vie 

    à mes deux bras 

    jouer un temps de légèreté 

     

     

     #5 Dire le rebond, bondir de nouveau, de nouveaux bonds entre chaque virgule, les dire et ne s'arrêter qu'à bout de souffle

    Dire dérobé enrobé de charme

    le redire en flots de larmes 

    rebond de soi sur note aiguë 

    bondir à vrai oui à bon dire 

    de soi à distance et vers le 

    nouveau chemin de soi bondir 

    de peur voilà les battements 

    nouveaux à l’endroit du cœur 

    bonds en dehors de soi perdu 

    entre les flammes d’hier sur 

    chaque moment de joie chaque 

    virgule respiration du récit 

    les bonds dans les blancs du 

    dire les espaces où rebondir 

    et oublier la raideur passée 

    ne pas s’oublier mais ne pas 

    s’arrêter croire qu’il n’y a 

    qu’à la fin ce rien perdu au 

    bout du bout sans une miette 

    de vie solide bondir dans un 

    souffle tout embué de larmes

     

     

    Pour retrouver et lire les autres rendez-vous des Vases Communicants du mois d'août, encore une fois patiemment et généreusement listés par Brigitte Célérier, marathonienne passionnée et passionnante du festival d'Avignon, cliquez ici.

     


    3 commentaires
  • cette semaine nous sommes - mine joyeuse  - d’une rive à l’autre - la voix et la passion - une langue en partage

    cette semaine nous sommes – vase communicant – une fontaine a osé une rencontre

     

    Lundi avance d’un pas léger – la journée de la dépoussiéreuse (le combat continue)- en compagnie de l’insoumise qui a appris le latin

    Mardi fait chaud – tout va mal – 41°C température corporelle critique où l’on risque des convulsions cérébrales fatales – un après-midi de chien – la tournée des chaises longues – de l’air nous fera du bien – on évacue

    Mercredi manque de vert et mauve – nous aussi – création période grand bleu – éclats de vers fée mains

    Jeudi la mer à l’aube- une lueur dans la nuit

    Vendredi déhanche sa différence – la joie est irrésistible

    Samedi s’invite parmi les loups et veut coucher avec

    Dimanche – en vente actuellement

     

    cette semaine nous sommes pour nous

    découpé-collé #18


    1 commentaire
  • nuit courte longue siesteQui dit longue sieste dit nuit courte. Qui dit nuit courte dit longue sieste. Qui dit Mes nuits sont plus belles que vos siestes dit n’importe quoi. Car cet après-midi j’avais besoin de dormir. Or cette sieste siesta juste après avoir lu quelques pages du Livre de l’Intranquillité de Pessoa, pages lues juste après avoir regardé « La Jetée » de Chris Marker jamais vu jusqu’à lors (qui dit Honte à moi ?). Qui dit  longue sieste dit rêve. Qui dit rêve dit d’autres voix – celle du film, appelée « Off » et celle du livre appelée Bernardo Soares. Qi dit – attendez-là qui est Qi ? jusqu’à présent je suivais, la voix du rêve, la voix du livre, la voix du film mais Qi, qui est-ce ? – Mais personne enfin, c’est une faute de frappe, une coquille, et s’il est une figure importante dans mon rêve, c’est la spirale qui donne le vertige comme dans « Vertigo » auquel « La jetée » fait référence à plusieurs reprises, d’ailleurs… Mais je ne suis que la voix du réveil, laissons parler les autres voix, dormons, voulez-vous ?

    Qui dit Comme en rêve, il lui montre un point hors de l’arbre, il s’entend dire : Je viens de là (ce doit être moi dit la voix Off)

    Qui dit Pour moi, qui aujourd’hui n’espère ni ne désespère, la vie est un simple cadre extérieur, qui m’inclut moi-même, et à laquelle j’assiste comme à un spectacle dépourvu d’intrigue, fait pour le seul plaisir des yeux – ballet sans suite, feuilles agitées par le vent, nuages où la lumière du soleil prend des couleurs mouvantes, enchevêtrement de rues anciennes, tracées au hasard, dans des quartiers bizarres de la ville. (c’est la voix du Livre qui parle)

    Qui dit Ouh là là vous êtes trop bavardes toutes les deux, ça manque d’images muettes,  par exemple des photos noir et blanc dans un montage très rythmé donnant presque l’impression d’un film au ralenti, vous voyez ?(assurément c’est la voix du rêve provoquant la colère de la voix Off qui hurle Un matin du temps de paix tandis que la voix du Livre continue impassible Et par-dessus tout, je suis calme comme un pantin qui prendrait conscience de lui-même et hocherait la tête, de temps à autre, pour que le grelot perché au sommet de son bonnet pointu (et d’ailleurs partie intégrante de sa tête) fasse résonner au moins quelque chose – vie tintinnabulante d’un mort, frêle avertissement au Destin alors la voix du rêve met un doigt sur ses lèvres closes et fait Chut !) Et dans un silence merveilleux, la femme endormie de « La Jetée » que l’homme dont on raconte l’histoire croit morte en quelques battements de paupière ouvre les yeux (c’est le seul plan filmé du film et le seul silence de mon rêve)

    Apparaît alors un chat orange de dos qui marche sur la longue jetée de l’aéroport d’Orly dans les années 60 qui dit : I was born and here I died.

    Je me réveille de ma sieste et reprends ma lecture de Pessoa : La fiction me suit comme mon ombre. Et tout ce que je voudrais, c’est dormir. (Je vous promets que c’est la vérité, dit la menteuse).

    nuit courte longue sieste 

    Fernando PESSOA, Le Livre de l'intranquillité, éd. Christian Bourgois, 1988

     


    1 commentaire