• Continuant à recycler (en profitant pour faire un peu de ménage), je suis tombée sur ce texte qui fut le début d'un roman épistolaire à deux mains, l'été 2004, avec Virginie S. Je le livre ici surtout parce qu'il a le mérite d'être court...


    Alors c’est décidé ? Vous voulez apprendre à écrire par correspondance. En êtes-vous bien sûre ? Réfléchissez bien avant de me répondre ou de ne pas me répondre. N’avez-vous rien de mieux à faire à l’instant ? Regarder les nuages passer dans le ciel (ce matin, une colonne vertébrale de girafe s’est dissipée dans le ciel comme le souhait de cet étudiant de ne pas tomber su ce sujet oh combien retors à l’examen final) faire de la confiture de framboises ou un gâteau au chocolat, participer à un stage de théâtre ou partir en vacances, par exemple. C’est un peu indécent de payer alors que d’autres à Marseille, à deux pas de chez vous se battent pour continuer à vivre du chocolat ou du café qu’ils conditionnent. Il y a tout un tas de choses à faire de vos congés, et sûrement plus fructueuses que l’écriture. Ou alors si vous y tenez, vous pourriez apprendre à écrire et à lire le tibétain, de nombreux cours sont proposés sur le net à côté des miens et certains n’émanent pas de charlatans. Non, vraiment ?  Vous voulez apprendre à écrire tout court. Pourtant, d’après votre lettre, vous me semblez posséder tout ce qu’il faut pour vous lancer toute seule: pas de problème de syntaxe et d’orthographe, un style agréable même, alors qu’est-ce qui vous pousse à avoir recours à mes services ? Vous avez besoin de lanceurs et de consignes ? Achetez « Détective » ou « La Provence » et prenez un article que vous développerez à la première personne selon deux points de vue différents, ou prenez le dictionnaire et prenez trois mots au hasard que vous devrez placer obligatoirement dans votre texte, ou prenez une image ou une petite annonce et écrivez tout ce qui vous passe par la tête. Qu’attendez-vous de moi ? Qu’attendez-vous de l’écriture ? Pourquoi ne vous inscrivez-vous pas à l’un de ces nombreux ateliers d’écriture qui fleurissent ici et là et qui font travailler ces étudiants en DEUST métiers du livre et qui présentent l’intérêt de se voir confronter aux autres, à la réception des textes ?

     

     

    Puisque vous n’y tenez pas, je vais vous donner un bon conseil, n’écrivez pas pour être lu, encore moins pour être publié, encore moins pour être guéri, encore moins pour vivre. Qu’attendez-vous de moi ? De répondre à la question du pourquoi écrire ou du comment écrire ?



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    Recyclage: extrait d'une scène de ma première pièce de théâtre, écrite en 2005 pour les Électrons flous, qui ne s'appelaient pas encore comme ça... Un explorateur (Jean-Louis) et sa femme débarquent sur une île pour une mission scientifique. Ils y découvrent un petit groupe d'Européens disparus volontaires...


    Mado a tendu un livre à Dodo qui d’abord le renifle, se livre à quelques facéties joyeuses puis va se mettre à lire à l’autre bout de la scène, laissant Jean-Louis face à Mado.

     

    Jean-Louis : - Il a l’air de bien vous aimer, non ?

    Mado : - Oui, c’est un gentil garçon : il n’a pas eu de chance dans la vie.  

    Jean-Louis : - Je ne vous comprends pas. Vous avez un mari, des enfants ? Qu’est-ce qui vous amené ici ?

     Mado : Oh, moi vous savez, c’est tout simple. J’enseignais le français dans un collège à Marseille, même pas classé zone sensible, non, non, un collège ordinaire avec des gamins ordinaires. Ce jour-là, c’est apparu comme une évidence : ce que je faisais n’avait plus aucun sens. Je venais de terminer un cours sur les valeurs du présent : présent de vérité générale, d’actualité, d’habitude, de narration… Je me suis rendue compte que je n’habitais plus mon présent : ces paroles répétées chaque année étaient vides de sens, désincarnées, abstraites pour ces gamins qui ne vivaient qu’un seul présent. Le beau présent de leur jeunesse qu’on musèle, qu’on enferme huit heures par jour dans de tristes murs devant de tristes sires… J’ai profité des dernières minutes avant la sonnerie pour leur parler du questionnaire de Proust et leur posé la fameuse question : « Quel livre emporteriez-vous dans une île déserte ? » L’un d’entre eux me l’a renvoyée à la figure : « Et vous madame ? » Et je me suis rendue compte que je ne savais pas. La sonnerie de midi a retenti, les élèves sont sortis et je suis restée immobile, incapable de bouger.

    Dodo : : - Ca veut dire quoi, « pourceaux » Mado ?

    Mado : - Ce sont des porcs, Dodo : Circé a transformé les compagnons d’Ulysse en porcs.

    Dodo : - Circé ogresse, bougresse. Cochonne de vie.

    Mado : - Oui, Dodo, va poursuivre ta lecture, j’arrive bientôt.

    Jean-Louis : - Et c’est ce jour-là que vous avez disparu ?

    Mado : J’ai pris un sandwich, et j’ai marché jusqu’au parc près de l’hôpital pour le manger. Et puis je suis revenue devant le collège, mais je n’ai pas pu y entrer. J’ai continué à marcher, empruntant des petites rues que je ne connaissais pas, j’ai élargi mon circuit et me suis retrouvée devant le collège, sans me résoudre à y entrer. J’ai encore marché, agrandi le cercle. En regardant un  arbre aux fleurs pourpres dans un jardin, je me suis dit que je ne connaissais même pas son nom et ma vie pleine de mots m’a paru vaine. J’ai marché longtemps, hébétée, décrivant des cercles de plus en plus larges. L’heure de la reprise des cours était depuis longtemps dépassée et c’était délicieusement grisant, cette école buissonnière, moi qui avais passé vingt ans de ma vie à noter scrupuleusement les absences de mes élèves.

    Jean-Louis : - Mais à quoi pensiez-vous pendant cette escapade ?

    Mado : - A rien justement. Je pourrais dire que je pensais à mes élèves, à mes enfants et à mon mari, aux romans que je lisais alors, mais non, je ne pensais à rien. Pour une fois, le bourdonnement incessant de mes pensées avait cessé. J’étais dans mes pas, dans les odeurs du printemps, dans l’instant présent et plus dans la fiction qu’était devenue ma vie.

     Jean-Louis : - Ne me dites pas que vous n’aviez jamais ressenti cela ? Je ne peux pas y croire. 

    Mado : - Et pourtant c’est la vérité.  Rien de commun avec la gratuité de ce moment. Les instants de détente qu’on s’octroie sont comptés, minutés par les taches qu’on sait devoir accomplir après. Notre capacité d’émerveillement en est du coup limitée. Là je n’avais plus de bornes. J’ai pris la voiture jusqu’à l’aéroport, un billet pour Acapulco- j’ai toujours eu envie de voir ces plongeurs qui sautent de si haut- moi aussi j’ai fait le grand saut…

     


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  • le dit de la théièreJ'ai un air de fandango dans la théière qui s'entête à ne pas sortir de la tête. Faut dire que si je joue des castagnettes et les Lola Montès c'est que coule en moi un sang rouge et bouillant comme la lave. Et ce n'est pas une métaphore. Elle ne connaît toujours pas la manière de faire chauffer l'eau pour le thé. Les yeux de crevette, c'est pas les yeux de dragon, quand même! Les petites bulles au fond de la casserole, pour le thé vert et celles qui roulent à la surface de l'eau, c'est pour les thés rouges, noirs ou pu-erhs. Je ne parle pas chinois, tout de même. Elle a rien dans la cafetière, elle préfère déclamer des alexandrins de Corneille, se prenant pour une magicienne en accointance avec les Enfers: Et vous, troupe savante en noires barbaries,/ Filles de l'Achéron, pestes, larves, Furies, tout ça parce que son prince de Nonchaloir l'a laissée choir, la bannissant de liesse à tout jamais. 

    Et si en moi le thé refroidit, il n'a toujours pas coulé en sa tasse. Et j'ai toujours ce maudit air de fandango dans ma tête qui s'entête à jouer des castagnettes.

     


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    Elle se reconnaîtra.

    Je l'ai reconnue il y a des années qu'on ne compte plus. Elle compte plus pour moi que son âge et quoi qu'il arrive, je peux compter sur elle, avec elle, loin d'elle, toujours près. Ce qu'elle lit, je le lis un jour ou l'autre, ce qu'elle écrit, je le savoure sans m'en lasser; c'est une découvreuse, une curieuse, une généreuse. Une rêveuse, aussi passionnément. Elle a porté bien des noms et du taffetas bruissant sous des robes. La dame en bleu se souvient, a-t-elle un jour écrit. Ses chapeaux ne furent pas tous à voilette. Les rires et les lilas emplirent notre jeunesse. Les cahiers et les livres, les livres et les cahiers envahissent nos greniers. Elle vit dans ma théière à ballons et dans mon stylo à plume. C'est un bol chantant dont le son persiste longtemps à l'oreille et au coeur après l'avoir fait tinter. J'ai du bol, c'est mon amie.

    Je lui écrirai demain pour lui souhaiter un bon anniversaire.





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  • «(...) pourquoi ne pas imaginer, le 1er vendredi de chaque mois, une sorte d’échange généralisé, chacun écrivant chez un autre-? Suis sûr qu’on y découvrirait des nouveaux sites (...)». François Bon et Scriptopolis ont lancé l’idée des Vases Communicants.


    Pour la septième fois, j'accueille ici dans le cadre des Vases communicants quelqu'un que j'admire. L'écriture de Louise Imagine, je l'ai découverte sur le blog de Xavier Fisselier pour un partage de textes dans le même cadre. Je regrette qu'elle n'écrive pas davantage même si j'apprécie aussi énormément son travail de photographe. J'aime suivre (sur un certain réseau social cuicuiteur) le ballon bleu tenu à bout de bras par une petite fille qui pourrait bien être le petit bout de Louise Imagine. Nous avons fait un carnet de voyage imaginaire en nous mettant à la place de l'autre qui a réellement fait une fois dans sa vie le voyage. Vous pourrez lire mon texte sur son blog Louiseimagine.me.


    Voyage (imaginaire) à Rome

     

    Vases communicants (7)

     

     

    Et par où débuter ? Puisqu’il faut bien choisir un lieu, une rue, un croisement, quelque part dans cette immense cité.

    Ici.

    Vous êtes ici.

    Point A.

    Trinità dei Monti.

    En bas de l’escalier. Tout en bas.

    Minuscules, perdus dans la foule mouvante, la houle humaine en short et lunettes noires. Solitude intense mais passagère, devant ces gens animés et heureux. Une musique rythmée s’élève en fond sonore, provenant de la terrasse d’un café ou d’une fenêtre ouverte quelque part plus loin sur la place. Un couple de jeunes dessine dans un coin, assis à même le sol, bouteille d’eau à portée de main. Rires tournoyant venant d’un peu partout, accent chantant, peaux bronzées ou bronzant avec application, air léger, là, l’insouciance se respire à plein nez, aucune raison de se presser, s’asseoir sur les marches, la main de l’autre tendrement serrée. Se dire que l’on aurait du, bien sûr on le savait, ne pas suivre les circuits touristiques, et peu importe si l’on rate un des somptueux monuments de la ville, peu importe si l’on passe à côté…

     

    Vases communicants (7)

     

     

    Penser que, peut-être, l’on pourrait se balader jusqu’à l’arrêt de métro Spagna et décider d’emprunter la ligne A, direction Anagnina. Remonter à la surface à chaque nom de station qui nous inspirerait, Fontana Trevi, S. Giovanni, ou encore bifurquer sur la ligne B, direction Laurentina et s’arrêter au Colisée. Chercher dans chaque détail de ces sous-sols ce qui les différencieraient de nos propres transports en communs, longs couloirs clairs et carrelés, virages et escaliers… Escalators, voire ascenseurs parfois. Comparer pour mieux se situer. Pour mieux s’approprier.

     

    Vases communicants (7)

    Mais revenir bien vite en surface explorer la ville, car chaque ruelle, chaque pavé, nous mène où l’on n’imaginait pas aller.

     

    Ici.

    Vous êtes ici.

    Point B.

    Santa Maria in Aracoeli, Piazza Campidoglio.

     

    Vases communicants (7)

    dessin et texte de Louise Imagine, mars 2012


    Retrouvez ICI la liste de tous les rendez-vous compilés par Brigitte Célérier qu'on ne remercie jamais assez même si on ne la présente plus. 



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