• Pour briser la glace de la mer intérieure

    Pour briser la glace de la mer intérieure.

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    C'est le thème de cette saison 2010-2011 pour le théâtre Vitez, extrait d'une lettre de Kafka à l'un de ses amis dans laquelle il écrivait: Le livre doit être la hache pour briser la glace de notre mer intérieure. L'an dernier, lorsque Danielle Bré a lancé ces mots et fait valoir l'intérêt de créer des petites formes sur ce thème pour le huitième festival de théâtre amateur du Pays d'Aix, il y a eu des sourires gênés, des regards instables, des murmures parmi nous, les différentes compagnies amateurs. "Un peu pompeux, non? Nous, on n'est pas des intellos, on joue pour rire,  pour de rire, pour deux rires dans le public. Même si le père Noël est une ordure, on l'invite au dîner de cons, parce que ça a un air de famille.  C'est quoi la phrase déjà?" Pour briser la glace de la mer intérieure... Danielle continue. Insuffler une nouvelle dynamique au festival amateur qui devient un peu planplan... Un théâtre qui ose parler de nos émotions, qui ose proférer une parole vivante pour casser l'indifférence... C'est en gros, ce dont je me souviens. Et puis le temps a passé. De l'eau a coulé, passé, j'ai suivi le courant; de l'eau a gelé, glacé les émotions enfermées dans la gangue de ma mer intérieure. Me suis arrimée tout de même aux répétitions de la troupe et samedi dernier, en allant travailler au théâtre Vitez, j'ai vu l'affiche et relu la phrase. Il est temps de briser la glace...

    La glace des écrans sur lesquels glissent des images qui ne font que glisser. Un coyote dérivant sur une plaque de glace aux États-unis miraculeusement sauvé suscite plus d'émotion que le naufrage d'un esquif plein à craquer d'émigrants haïtiens au large de l'Australie. Ceux qui n'y ont pas perdu la vie, ont perdu leurs illusions, arrêtés comme clandestins. Une émotion facile en chasse une autre. Images vite avalées avec un verre d'eau tiède. Ça ne suffira pas à faire fondre la glace de notre mer intérieure.

    On voudrait une parole pleine, rouge et incandescente pour fendiller l'étau de l'indifférence générale. On voudrait un verbe haut en couleur pour faire craqueler le quant-à-soi du chacun-ses-problèmes. On voudrait que Shakespeare et Beckett aient fait de nombreux enfants. On voudrait jouer sur des planches de salut. On voudrait un choeur avec un "h", pour raconter notre histoire avec sa grande hache. On voudrait un corps pluriel pour porter notre parole - plurielle et singulière - pour pouvoir dire je, comme le sujet du verbe aimer ou s'indigner, du verbe être ou ne pas être. On voudrait un spectacle vivant pour briser la glace de la mer intérieure, pour ne plus être à terre, atterrés.

    J'aimerais pouvoir me dire, pouvoir dire me , pas comme une vache qui regarderait, indifférente, passer le train du XXIe siècle... Plutôt dire nous, à la fois sujet et objet d'une parole singulièrement plurielle et pluriellement unique. C'est tout ce que je souhaite pour ce festival où nous jouerons tous sur le même bateau, vaste plateau aux planches solides, évitant les icebergs... Qu'on se le dise, notre bateau est un brise-glace...

    Avant d'embarquer avec nous, je vous propose d'aller visiter le blog de Catherine Ricoul qui a réalisé la très belle image de l'affiche et qui fait un travail très intéressant.


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