• Ne pas rompre le fil

    Voici un texte rédigé pour un concours organisé par l'espace Pandora "Dis-moi dix mots qui relient" avec la contrainte d'utiliser les dix mots suivants: accueillant, agapes, avec, choeur, complice, cordée, fil, harmonieusement, réseauter... Les personnages de "Au-bord-de-tout" sont revenus tout doucement se loger sous mes doigts, je leur ai souri... Liseuse de signes est devenue Esperluette...

     

    C'était une fin du monde concentrée et silencieuse. Curieusement. Car nous étions encore capables de curiosité. Dans l'attente de voir ce que ce dernier jour nous réservait. Peut-être bien une dernière nuit. Encordés pour plus de sécurité, nous avancions en file indienne, ni indiens, ni alpinistes, dérisoires caractères noirs Times New Roman police 12 sur l'Anapurna d'une nouvelle page blanche mais pour quels mots, quel texte et surtout quel(s) lecteur(s)?

    Si d'autres groupes avaient survécu, nous étions bien trop isolés les uns des autres pour nous entraider, alors quant à nous lire...

    En attendant, nous marchions, mal équipés, mal préparés, épuisés. Nous grimpions, la pensée réfugiée dans nos pieds de plomb, nous, habitués à faire voler les mains sur le clavier. Un nouveau pas était une épreuve, mais un pas de gagné Le Barbare érudit jouait les Frison-Roche en premier de cordée. Suivi d'Esperluette, notre liseuse de signes. Puis Joueur de Hang, Tisseuse, L'Arpenteur d'étoiles, Pluie de paroles, Ici avec Là, et Lautreje. Je fermais la marche.

    Quand les premières inondations avaient eu lieu en Australie, nous expérimentions l'écriture en groupe, sans virgule, sans majuscule, sans point. Ne pas rompre le fil, tel était notre crédo. Notre réseau s'était constitué naturellement. Aucun d'entre nous ne réseautait pour réseauter. Non, se constituer un réseau de relations utiles pour, ou communiquer pour communiquer, ou pour faire du chiffre – t'as combien d'amis toi? - nous semblait un rien obscène. En revanche, écrire et lire nous importaient, la langue crue ou cuite constituait nos agapes quotidiens. Sur nos blogs, suivant le fil des commentaires des uns et des autres, nous enhardissant à émettre des critiques ou des enthousiasmes, accueillant chaque nouvel arrivant comme le mot juste et manquant, harmonieusement, nous formions une véritable tribu quoique virtuelle. Complices, étions-nous devenus sans nous rendre compte que nous étions devenus complices des Grands Nommés, affameurs et affabulateurs. Car nous les avions laissé faire. Contre ceux du Grand Nombre. Dans l'urgence de poursuivre l'écriture de notre épopée Au-bord-de-tout, nous n'avions pas écouté le choeur des Twitteriens nous avertissant du danger. Pas vu que nous étions au bord de rien. De la grande page blanche. Des grandes pluies.

    Désormais, gagner les cimes il fallait, gagner sur l'eau qui ne cessait de monter. Grâce à Esperluette qui avait su décrypté les signes, nous avions convenu de nous retrouver au Népal, au pied de cette montagne...

    Repris mon vieux carnet de papier, le couvre de signes plus noirs que le ciel, profitant de la pause que nous octroie le Barbare érudit. La nuit, le sommet et le sommeil sont encore loin. La chronique de notre épopée, il me faut tenir jusqu'au bout. On ne sait jamais toujours.

     


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