• Masques et escargots

    Hier, nous nous sommes réunis chez C. pour confectionner les masques du choeur et les ceintures d'escargots (explosifs). Dûment munis d'un marteau et d'un clou, nous avons percé deux trous dans chaque coquille afin d'y passer un fil et de les coudre sur une bande élastique.Certains plus habiles que d'autres. P. et moi, sommes de véritables mains de patis (à prononcer en allongeant la première syllabe porteuse de l'accent tonique, le "ti" plus sourd, presque inaudible, désolée pour l'accent) et nous avions du mal à soutenir la cadence de G. et de C.

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    La confection des masques s'est faite parallèlement à celle des ceintures d'escargots. C. nous a initiés à cet art pour lequel, là encore, certains se montrent plus doués que d'autres.

    Le visage de G. recouvert de vaseline (en insistant sur les sourcils) se prête d'abord aux mains expertes de C. Un bas noir protégeant les cheveux, des compresses de gaze sur les yeux, les bandes blanches (à usage médical, pour faire des plâtres) humectées au préalable dans une bassine d'eau tiède, se superposent sur le front, puis sur le nez... Le visage se momifie en même temps que la parole se raréfie. Du côté de l'officiante, les mains seules parlent, aplanissant l'inquiétude, lissant les bandes, éloignant toute source de soucis sur le front de la momie sagement assise. Les joues recouvertes de bandelettes, les lèvres se figent peu à peu, incapables désormais d'esquisser un sourire. Les mêmes opérations se répètent pour consolider les points fragiles, la jonction entre le front et le nez en particulier. Mains. Bandelettes. Masque (on ne peut désormais plus parler d'un visage). Le même rituel se poursuit. Le masque durcit. Chacun tour à tour prend la place de la momie ou de l'officiant. 

    Sous le masque. De drôles de pensées vite balayées par les mains de l'officiante. Masque lunaire. Votre âme est un paysage choisi/ Que vont charmant masques et bergasmasques du "Clair de lune" de Verlaine. Un paysage en chasse un autre. Qu'en est-il de l'usage des masques mortuaires des grands hommes. Et des femmes? Je pense à Colette, à une photographie prise d'elle dans son extrême vieillesse, dans son appartement parisien, une fenêtre ouverte sur le parc Monceau, un chat sur les genoux. Paralysée. Impossible de me représenter son masque mortuaire - en existe-t-il un? - contrairement à ceux de Voltaire ou de Hugo... Le masque que me sculpte G. durcit peu à peu. Sera-t-il à l'image du sculpteur ou à celui du modèle? Ça commence à craqueler. J'accentue les grimaces et les plis pour sortir mon visage de sa gangue, pour me déprendre de ces pensées morbides, pour redevenir vivante. Sous le masque il y a un visage vivant.

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    En regardant ces images, nous ressemblons plus à de grands blessés ou à des victimes de chirurgiens esthétiques peu scrupuleux et très charlatans, qu'au choeur antique de la tragédie... Mais patience, les masques sèchent et reviennent bientôt...

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