• la sorcière des cucurbitacées


    la sorcière des cucurbitacéesElle guette l'entrée des ménagères les pieds dans les oignons et les gousses d'ail, la tête dans les néons. Qu'est-ce qu'il ne faut pas faire pour gagner sa pitance dans ce monde postmoderne se dit-elle. C'est bien la reine des courges pour accepter de s'abaisser à s'exhiber ainsi! Enfin, c'est cela ou se laisser mourir de faim. Parce que c'est sûr qu'il faudra plus compter sur Marcel. Depuis son attaque, il a fait de son lit - de leur lit- son lieu de vie, son espace de travail et de loisirs, la chassant, elle, vers des terres moins hospitalières ou le vers le lit des rivières asséchées. La voilà réduite à préparer des soupes ou des gratins de potiron pour le grand homme qui couve des livres, comme d'autres couvent des rêves. D'ailleurs pour lui, c'est un peu la même chose.

    La première fois qu'elle avait trouvé les livres dans le lit, pour changer les draps, elle  avait cru que c'était le Marcel qui, la veille, s'était endormi sur ses lectures en cours. Elle l'avait un peu tancé pour la forme et les pages cornées, mais après tout c'étaient ses livres, ses précieux livres à lui. Anotés et gribouillés de partout, ils trâinaient dans toute la maison avant. Désormais ils avaient élu domicile dans la chambre, à portée de main de Marcel.  Attrapant le premier, elle fut surprise de ne pas le reconnaître. C'était un livre à la couverture et aux pages ivoire, tout chaud, tout neuf et incroyable, il vibrait intensément dans ses mains, comme demandant à être lu. Marcel semblait la regarder intensément. De bon matin, c'était suspect. Elle se ressaisit, posa ce premier livre sur la table de chevet et commença à déhousser le drap de dessous. En passant la main sous la couette, elle en sentit un autre, puis encore un autre du même format, en tout elle récolta une dizaine de petits livres ivoire. Elle se laissa tomber lourdement sur le lit. Dans les yeux de Marcel quelque chose frétillait. Elle ouvrit l'un d'entre eux et lut:

    Hortense n'aime pas les hortensias/ C'est pourtant leur reine/ Mais elle voudrait être un chrysanthème.

    Incrédule, Hortense -elle même s'appelait Hortense et détestait les hortensias- interrogea du regard Marcel. Mais déjà elle savait. Cela ressemblait tellement à la prose et aux rêves de son Marcel d'avant l'accident... Il acquiésça et le petit poisson plongea au fond des yeux de Marcel. Elle ouvrit le petit livre à une autre page. Traverser le pont/ Revenir à la rive du sauvage/ Faire un feu. Elle en ouvrit un autre, qui racontait une histoire, un conte avec des sorcières et des citrouilles. Elle les lut tous avec avidité, le recueil de haïkus, les contes, les nouvelles, les romans, et même l'épopée "Au-bord-de presque-tout" pour l'instant inachevée. Marcel ne lisait donc pas seulement des livres, il en pondait. Presque chaque nuit. 

    Il s'avéra cependant que ce n'était que lorsqu'elle lui préparait des gratins ou des potages à base de cucurbitacées. Étrange,non?

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  • Commentaires

    1
    Lundi 24 Octobre 2011 à 16:39

    ll me plait ce Marcel, en plus je l'imagine avec de belle joues rouges !

    2
    mel13 Profil de mel13
    Lundi 24 Octobre 2011 à 17:27

    oui, il n'est pas mal Marcel, mais Hortense, alors, c'est elle qui lui fait son fricot tout de même... ;-)

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