• écrire la mer à boire (3)

    derniers billetsMagnifique image de Filip, prise sur la route de Beauduc, qu'il m'autorise à partager (un grand Merci)

    C'était à Nîmes, dans une librairie religieuse (un peu plus tard dans la journée, je découvrirais à quelques pas une librairie laïque que je n'avais pas vue alors) dans laquelle -comble de l'horreur- passait la musique plus trop à la mode remise à la mode par des Prêtres à la mode. J'attendais que L. trouve un livre à offrir pour sa cousine et il prenait son temps le bougre… Je piaffais d'impatience, cherchant à m'éloigner au maximum de la source sonore lorsque je tombai sur un rayon de romans tout à fait ordinaires; je saisis ce livre de poche, attirée par la première de couverture: la mer au premier plan, presque blanche de tant de lumière déversée, un ciel à peine plus bleu, avec un îlot rocheux au milieu. Sur la gauche de la photo, le quart vertical de la photo figure l'angle d'une maison blanche toute en hauteur, dans l'ombre bleutée, percée de quatre fenêtres-meurtrières ; on aperçoit en haut l'avancée du toit et plus réduit, en bas, la margelle d'une terrasse d'un blanc éblouissant. Le titre un peu trop simple -ou trop élaboré- ne me séduit pas: La maison mer. L'auteure m'est inconnue. Esther FREUD. La quatrième de couverture avec la seule mention de mon écrivain préféré me décide: "Bel hommage à Virginia Woolf, ce roman subtil qui s'inspire librement de l'histoire familiale des Freud ne se laisse pas oublier.", écrit Alexandre Fillon de "Livres Hebdo". Je lis donc en ce moment, le roman de l'arrière-petite-fille de Sigmund et fille du peintre Lucian. Avec un plaisir que je ne boude pas. Que j'essaie de faire durer. En ne lisant pas trop vite, en prenant le temps de m'imprégner de son écriture oblique. C'est comme si elle retardait le moment de parler de la mer, pourtant omniprésente, puisque l'essentiel du récit se situe à Steerborough, sur les côtes anglaises. Je dis le récit mais en fait ce sont deux récits situés à des époques différentes, qui s'entrecroisent, se rejoignent en cette Sea House, justement. D'abord le récit du point de vue interne de Lily -comme la femme peintre du Phare, jeune étudiante en architecture.

     Il tombait une petite bruine tiède qui n'avait pas découragé Ethel: elle arrivait chez elle, en peignoir de bain, les pointes des cheveux mouillées et le visage luisant. "Le temps rêvé pour une baignade!"lança-t-elle à Lily, mais celle-ci suivait Em et Arrie qui avaient déjà bifurqué vers la Pelouse. Descendre l'allée, longer la rivière, traverser les roseaux. Elles marchèrent en file indienne sur les planches décolorées, au milieu du carres qui bruissait dans le vent, entre les flaques transparentes ridées par la pluie. La mer s'étendait là, sous leurs yeux. Une large bande d'eau grise, si haute, si spacieuse qu'elle s'enroulait, sur trois côtés, pour monter à la rencontre du ciel. Lily dut s'arrêter pour admirer le spectacle et en ressentir l'effet sur les muscles de ses yeux. Elle se demanda si l'on pouvait s'habituer à voir l'horizon quand on a passé toute une vie à ne pas voir à trois pas. Esther FREUD, La maison mer, éd. 10/18,n°4075,  pp. 172-173.

    M'étonne cette Pelouse, majusculée à chaque fois, traversée tant de fois dans le roman, et qui ne constitue qu'un élément… traversé justement. Pour se rendre à la mer, à chaque fois différente et cependant apportant à chaque fois à Lily, force et plénitude.

     … elle se força à sortir de la cabine et descendit vers la mer.

     Elle était toujours saisie par sa beauté. Par l'aplatissement inattendu du relief, une fois cette dernière dune franchie. Il vous ouvrait grand les yeux, détendait vos muscles cardiaques, vous forçait chaque fois, à vous arrêter. La plage était presque déserte. Cette journée assez fraîche succédait à une longue semaine de soleil et de chaleur, et les vacanciers, rassasiés des plaisirs de la plage, avaient dû s'abstenir, ce jour-là.

     Lily s'assit sur le sable. la mer montait, rétrécissant peu à peu la grève et clapotant calmement sur un ruban de galets. Lily ramassa des cailloux saupoudrés de sel qu'elle réunit en un petit tas. C'était la première fois de sa vie qu'elle passait autant de temps seule. ibid., p.227

    Il y a aussi le point de vue de Max, le peintre sourd,  qui doit peindre une maison particulière, mais qui passe tout son temps à retarder ce moment, en peignant sur un rouleau de papier peint toutes les autres maisons du village. Max qui tombe amoureux d'Elsa.

     Sans un mot ils longèrent la digue, remontèrent à la pointe de l'estuaire où se trouvait, en bordure du marais, un petit groupe de maisons blanches. Perchées sur leurs pilotis comme sur de longues pattes, elles ressemblaient à des cigognes, avec leurs ventres en briques maculé de vase, leurs ailes hachurées de fenêtres et de planches. Max n'avait jamais songé à les peindre. Elles ne semblaient pas faire partie du village. Mais à présent qu'il marchait vers l'extrémité de l'estuaire, sur ce sol inégal, parsemé de fenouil et de cerfeuil sauvage, qui devenait progressivement boueux, puis marécageux, puis sablonneux, il imagina sa frise uniformément blanche s'approprier peu à peu les bruns et les verts de la terre ferme.

     Je vais vous montrer ma préférée, dit Elsa, comme si les maisons étaient leur sujet de conversation depuis au moins une demi-heure. […] Max sortit bien vite sur le balcon. Il ferma d'abord les yeux pour revenir en pensée sur ces lignes d'ombre tapies entre les rondeurs des oreillers, et quand il les rouvrit, il était au bord de la mer. Il n'y avait rien entre lui et l'horizon, hormis les zébrures bleues et grises de l'eau miroitante.(p. 160)

     

    J'arrête là, d'autant que je n'ai pas terminé le roman. Mais cette photo sur la première de couverture n'illustre vraiment pas l'atmosphère du récit. 


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