• Au-bord-de-tout (2)

    Le Barbare érudit avait déjà le traîneau préparé, les chiens nourris et les rênes en main. Il me jeta un regard foudroyant. Il est vrai que la dernière, j'étais. Liseuse, agenouillée sur la glace scrutait les signes. L'Arpenteur d'étoiles s'était déjà rendormi la tête sur l'épaule de Tisseuse. J'avais eu du mal à réveiller Pluie de mots, la benjamine, qui pleurait encore dans mes bras. Comme moi, elle ne supportait pas qu'on la réveille, qu'on interrompe le fil de ses rêves. Lautreje nous fit une place à ses côtés. Elle tendit un biscuit à Pluie qui oubliait déjà son rêve. Nous observions tous Liseuse. L'oreille droite, séparée de la glace par un simple foulard en soie, écoutait se déchirer la terre. A des milles de là, elle la percevait et tentait d'en mesurer la progression. Elle indiqua à Barbare une direction et vint se blottir contre Joueur enveloppant d'une nouvelle couverture son précieux hang. Au complet, serrés dans le traîneau, prêts à partir nous étions. Barbare son cri célèbre poussa, son cri de toutes les voyelles empli, et les chiens qui, ses couleurs reconnurent, s'ébranlèrent aussitôt.
    De nouveau, en partance nous étions. Le vent sifflait dans nos oreilles. Piaillaient de joie les enfants. Les jumeaux, surtout. Huit êtres humains et dix chiens. La glace rompait, un peu plus loin. Pour l'instant, elle nous portait, nous glissait vers un ailleurs, un à-venir inconnu dont nous n'attendions qu'un répit. Mais un jour, elle romprait, et avec, tout ce qui nous reliait à ce monde. Le monde avait craqué bien avant elle. Un monde scindé en plusieurs mondes, avec aux deux extrêmes, ceux du Grand Nombre et les quelques Grands Nommés. Ces derniers, si mal nommés car de grand pas le coeur assurément, avaient si bien oeuvré, tant manoeuvré, tant mal oeuvré qu'il restait bien peu du Grand Nombre. Après famine, désespoir, suicides, ceux qui restaient s'étaient ensauvagés au point de n'accorder à la vie humaine qu'une valeur toute relative. Valeur d'échange tout au plus. Le Barbare Érudit nous avait expliqué qu'en d'autres temps, les hommes avaient cru pouvoir régler tous les problèmes avec une valeur d'échange appelée monnaye je crois; ça avait tenu de nombreux siècles mais le système n'avait fait que creuser l'écart entre le Grand Nombre et les Grands Nommés jusqu'à la Grande Catastrophe du XXIe siècle. Je n'avais pas trop suivi son raisonnement, car à cette époque, j'étais en amour pour le Creuseur de Paroles. Mais je dois en tant que chroniqueuse de la geste de notre communauté, me concentrer sur notre périple et ce qui nous a conduits ici.

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  • Commentaires

    1
    Mercredi 17 Mars 2010 à 18:58
    J'adore, je veux le livre, là tout de suite !
    J'avis loupé la première partie, mais je me rattrape  et je veux savoir l'histoire d'amour avec le Creuseur de Paroles, pourquoi ça n'a plus marché ? Dis la Chroniqueuse du geste de la communauté, raconte encore...
    2
    Lautreje
    Mercredi 17 Mars 2010 à 18:59
    Lautreje en bafouille son surnom !!
    3
    mel13 Profil de mel13
    Mercredi 17 Mars 2010 à 19:47
    Merci pour toutes ces louanges... Mais franchement, je ne sais pas si je vais tenir la distance... Quant à ton histoire d'amour avec le Creuseur de Paroles, tu patienteras comme tout le monde, ma belle.
    Encore merci, tu me mets du baume au coeur après une demi-journée horrible au collège... 
    4
    Shanti
    Mercredi 17 Mars 2010 à 20:08
    Ah oui, moi aussi je suis fan, comme dirait quelqu'un que j'aime bien, j'en redemande encore... Cela commence comme un beau roman d'anticipation, avec un style bien personnel, des personnages qui prennent déjà leur place. Tant pis pour toi, tu ne peux plus t'arrêter là!!!
    5
    Jeudi 18 Mars 2010 à 01:09
    Le barbare érudit
    J'aime.

    Tu me fais l'honneur d'inclure mon pseudo dans ce très beau texte. Je suis très curieux de voir où tu iras avec cette histoire.

    Je suivrai « mes » aventures avec curiosité… 
    6
    mel13 Profil de mel13
    Vendredi 19 Mars 2010 à 19:15
    Wouah! Que d'éloges... Je ne sais pas si je répondrai à vos attentes... En ce moment, avec les bulletins (mes appréciations sont d'une banalité affligeante) et les conseils de classe, j'avoue que c'est comme un appel d'air cette fiction...
    Très troublant aussi de voir les commentaires de mes personnages (Lautreje et Le Barbare érudit): du coup, je ne sais pas si aller sur vos sites ne risquerait pas de m'influencer... Pourtant, c'est un plaisir auquel j'aurais du mal à résister. Quant à toi, Shanti, tu es un peu dans tous mes personnages féminins. Merci à vous tous.
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