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    bribes


    Ils allaient mourir et pour gagner du temps on avait creusé les trous, préparé les tombes au cimetière, invité les proches et les amis. Seules les inscriptions sur le marbre ou le granit n’étaient pas gravées : les sculpteurs étaient assis sur des tombes déjà scellées, les invités désoeuvrés marchaient de ci de là. On attendait les morts.

    Un premier apparut le teint pâle mais bien vivant, sur ses deux jambes ; de toute évidence  il fallait annuler l’enterrement. En revanche, la présence du cadavre du deuxième –vu de mes yeux vu- ne faisait aucun doute et ne laissait présager qu’un retard dans la cérémonie. Or, le deuxième mort apparut à son tour sur ses deux jambes. Quant au troisième, difficile de se rappeler, mais c’était peut-être bien un de mes chiens, le dernier de mes chiens, mort depuis des mois. Cependant, on attendait. L’attente était si longue, que je me suis réveillée.

    Trop tôt, pas encore jour. Repartie sur le même rêve, en me faisant la réflexion que ce n’était pas un rêve sur la mort mais un rêve sur l’attente. L’attente ritualisée. J’attendais. On allait jouer ma pièce sur scène, à la fois auteur et metteur en scène (et il me semble bien que la pièce parlait de la mort et de cette attente au cimetière). J’avais réuni trois ensembles de comédiens et parmi eux des enfants (vivants), des comédiens morts (dont Jean Vilar et Gérard Philippe) et des comédiens amateurs. Très fière et étonnée que personne n’y ait songé auparavant. Réveil, extérieur jour. Quelque chose cloche…



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  • même un cauchemar s'apprivoiseMême un cauchemar s’apprivoise

     

    Calmer d’abord les battements de son cœur en respirant abdominalement et amplement. Chasser la nature – bouffées d’angoisse, idées morbides- , faire confiance à l’artifice, l’artificieux, l’art – les machines qui font battre le cœur et les livres qui font battre le cœur - connaître les auteurs les plus appropriés en fonction du type de cauchemar – à l’hôpital, service réanimation,  éviter les romanciers, difficile de suivre le fil de l’intrigue quand on veille le fil de vie de quelqu’un qui a failli la perdre, il faut conseiller plutôt les poètes et aux moments calmes Virginia (Woolf) – ça marche, même si parfois il faut revenir dix fois en arrière, une phrase parfois dit quelque chose d’important quelque chose qu’on entend et qu’on comprend. Lire donc, écrire aussi si on peut. Des notes, qui aident plus  à fixer l’attention sur le moment qu’à constituer des bases de travail pour après le cauchemar. Car on espère qu’il y aura un après le cauchemar. Construire des phrases pour ne pas tomber en miettes. Tomber en miettes cependant. Écrire à l’infinitif, de manière impersonnelle. Lire sur l’écran du monitoring : la ligne verte qui fait des « p » tremblés, la ligne bleue avec ses vagues, la jaune enfin avec un tracé beaucoup plus irrégulier : les chiffres pourraient rassurer aussi, pour l’instant on surveille ceux de la tension trop haute qu’on cherche à réduire. Calmer les battements de son cœur. Se répéter un poème sans l’éprouver, sans chercher à le comprendre, juste le répéter comme un mantra. Revenir aux poètes toujours. Construire des phrases qui tiennent debout, horizontales. Coucher des phrases debout. Pour tenir debout à côté du couché. Assis. Apparemment sans queue ni tête,  mais pour ceux qui savent lire si. 


    Désolée pour mon absence mais en ce moment d'autres préoccupations m'appellent ailleurs auprès d'un être cher. 



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  • barrièresCelles qu’on enjambe avec joie - le délicieux frisson de la transgression augmentant avec la grosseur des lettres – celles dans la tête qu’on ne cesse d’abattre mais une barrière peut en cacher une – celles qui ne barrent que la vue – celles qui barrent aussi la conscience d’être en vie – celles qui sont belles et sauvages - grande barrière de corail  (que peut-on encore en dire sinon les majuscules oubliées et l’article la définissant unique)– les sophistiquées (comme chez Picard )qui se soulèvent à l’entrée dès que la voiture pointe son nez et à code secret (murmuré du bout de lèvres par la caissière et tonitrué à l’extérieur pour ceux qui l’auraient déjà oublié) à la sortie, barrières à l’entrée et à la sortie donc, anciens passages à niveau, barrières automatiques et barrières manuelles – la garde-barrière -  barrières sociales et barrières de la langue, barrières qu’on se construit soi-même – en ce moment même pour barrer le passage à la tentation d’aller chercher sur la toile des idées de barrières – barrières qui empêchent de tomber dans le vide ou dans l’erreur, qui empêchent tout court,  limites – garde-fous ( folles se gardant bien de prendre garde à l’avertissement )– délicieusement folle, donc, j’enjambe le garde-fou et m’approche du bord, à l’aplomb de la mer et du bois flotté d’un arbre le tronc blanc de sel. Je me repais de la vue et de ma chance à travailler si près de la mer, déjeuner à l’ombre d’un chêne et sous un Kermit goguenard aperçu en levant la tête, que je n’aurais jamais vu si je n’avais pas remonté le bas de ma robe pour enjamber la barrière. Et alors ? Rien. Hier était une journée à barrières. Aujourd’hui ne sais pas encore.

    barrières








    barrières








    barrières























    Photos prises à Carry-le-Rouet au bout de la corniche le 26/06/2012, le flash s'étant déclenché pour la dernière ne sais pourquoi et donnant au tronc ce gris argenté qui lui sied bien.




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  • les hommes-tiroirsIl y a les textes qui disent et ceux qui ne disent rien ; il y a ceux qu’on lit/écrit néanmoins ; ne me disent rien, certains textes qui parlent, qui parlent, qui papotent, trop bavards. Il y a les  silences qui disent et ceux qui ne disent rien ; il y a le silence après avoir écouté la musique de Mozart et c’est encore la musique de Mozart. Il y a les mots des hommes-tiroirs et les hommes à tiroirs à mots. Il y a ceux qui disent il y a quand ils espèrent écrire et ceux qui écrivent il y a comme une évidence qui n’est plus à dire. Il y a le bleu tueur et le bleu déjà gris, qu’on aime ainsi. Il y a ce ciel qui pèse comme un couvercle, cette mer qu’on ne voit pas danser, ces voiles qui peuvent faire de la voile sans vent, il y cette pluie qui ne pleut pas, et qu’on voudrait qu’il pleuve, il y a ce verbe, culminer que j’aimerais tant employer à la première personne… mais il y a les hauts et les bas et l’emploi du verbe culminer est réservé aux offices de tourisme de régions à collines ou à monts et merveilles.




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  • bleu tueur

     

     

     

     

     

    Maisbleu tueur

    Quand les mots ne disent plus rien, quand ils rétrécissent comme peau de chagrin, il faut chercher le bleu, un bleu tueur comme vendredi. Ce bleu assassine tout ce qui n'est pas bleu, un bleu misocolore, un bleu qui rend muet aussi. Mais le bleu enfui, la nuit venue, les rêves et les images reviennent avec un désir de mots. Mots ordinaires acérés, aiguisés à la lame du bleu. Le bleu blême, bleu ombre de lui-même, est-ce encore un bleu? Comment peut-on devenir bleu mercenaire?

    bleu tueur


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