• à chaud (provisoire)

    à chaud (provisoire)

    Peut-on parler d’état de grâce deux semaines après la rentrée ? Et si état de grâce il y a, peut-on le faire durer ? Qu’ai-je retenu, que n’ai-je pas acquis, qu’ai-je perdu ? Essayons à chaud de faire un petit bilan de cette rentrée.

    Retenu peut-être un tiers des prénoms des cent six élèves répartis sur les quatre classes confiées (et encore, un peu triché car retrouvé dans la cinquième une grande partie des élèves de l’an passé) Retenu tous les visages. Perdu ma voix, ou plutôt oublié où la placer pour qu’elle sonne juste sans faire mal. Retenu le sourire d’Ilona qui a apporté les pierres de sa collection le lendemain de la lecture de l’extrait Voyage au centre de la terre  dans lequel Jules Verne évoque des cristaux de quartz opaque : on a expliqué opaque et quartz ; Ilona a fait mieux : elle en a apporté avec améthyste, œil de tigre, magnésites… Pas encore complètement perdu la vue mai perdu LLona, cette même I-lona, que j’ai appelée avec le «  l mouillé » de l’espagnol pensant à quoi ? C’est Océane, sa voisine de table, qui m’a fait remarquer mon erreur de prononciation. Perdu la première semaine de cours salle de classe de l’an passé où étaient accrochés leurs travaux mais dès la deuxième acquis le droit d’y faire cours les mercredi et jeudi matins. Élèves heureux de retrouver intacts leurs acrostiches accrochés au mur, leur prof clown des fois et qui fait trop écrire souvent.à chaud (provisoire)

    De la classe de sixième « patrimoine et culture » n’ai pas encore retenu tous les prénoms – une Clotilde tout de même et son AVS Aïcha, une Pénélope qui file la métaphore comme personne, un Léo très, très, très pertinent et je ne dis pas ça parce que) mais le regard de tous ,oui,  l’ai gardé dans ma besace. Un œil curieux, l’autre malicieux. Ai retenu que le redoublant est le spécialiste de la subordonnée relative et la fierté dans son regard.

     Dans la classe de quatrième « escalade-langue vivantes », un élève m’a demandé pourquoi je disais la langue de Mme de Sévigné : ne parlait-elle pas le français ? Ai retenu ensuite que la discussion sur toutes les langues qu’on a (à l’intérieur de celle nommée français) ne les a pas fait bailler. Charlotte a apporté une petite boîte pour mes gros mots (ai promis dix centimes à chaque fois qu’il s’en échappe un de ma bouche – à la fin du trimestre le prix d’un paquet de bonbons voire plus –démagogie revendiquée – plaisir partagé).à chaud (provisoire)

    Ai perdu du temps à essayer d’en gagner. Ai perdu de l’essence, ai perdu mon chemin sur la route dans faux raccourcis du collège Camus à celui du Luberon ou à Pagnol. N’ai pas encore acquis la conviction que l’année sera belle, curieuse et malicieuse, mais presque. Ai perdu aussi quelques plumes (au lieu de kilos) et quelques angoisses (à défaut d’illusions). Ai retrouvé plaisir d’enseigner à ces têtes bien plus que blondes, d’être avec eux. Alors état de grâce, peut-être un gros mot - dix centimes dans la boite des 4e6 - mais peut-être pas…

     


    Tags Tags : , , , ,
  • Commentaires

    1
    Alexa1
    Samedi 15 Septembre 2012 à 19:02

    Et bien je lis le billet d'une prof heureuse il me semble, ils ont vraiment de la chance ces élèves...et du coup je nostalgise.

    Bises

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :